Carnet de voyage de Turquie

Vendredi 10 juin 2005, j+2

Je ne pense pas tenir ce rythme de 2 textes par jour longtemps mais bon, profitons du moment présent !
Je rentre juste de Kisilay (je crois que cela s'écrit comme cela). Nous (Sylvain et moi) avons passé l'après-midi à chercher une carte d'Iran assez précise. Cependant nous n'avons rien trouvé chez l'équivalent de la FNAC et aux puces du livre. Il paraît que c'est primordial car cela aide en fin d'après-midi quand on est fatigué sur le vélo pour choisir s'il faut pédaler 2 heures de plus ou s'arrêter la où on est pour acheter à manger, etc...
Mes premières impressions de la Turquie ne correspondent pas à ce que mon premier week-end à Istanbul avec Clo ne présageait. La partie Asiatique d'Istanbul est beaucoup plus orientale que ce que je découvre à Ankara. Les tenues sont légères, le temps aidant. Les foulards et autres sont peu présents. Les jeunes turcs croisés dans le centre d'Anakar, prés d'une Fac ont le sourire. Lors de ma première véritable promenade, j'ai voulu traverser un parc en coupant à travers le gazon pour rejoindre une fontaine. Ce que je prenais pour une fontaine à l'ombre était en fait une position fortifiée avec quelques sacs de sable, avec des soldats armés qui ont assez peu apprécié ma traversée sauvage. J'ai fait demi tour sous les hourras des sifflets des soldats mais avec le sourire...
D'un point de vu architectural, tout est assez récent donc pas différent des immeubles classiques de France. Il n'y a pas de vieilles maisons isolées (du moins dans ce que j'ai vu). Par contre, certains quartiers sont presque des bidons villes. Cela s'explique par une loi turque qui dit que l'on ne peut pas détruire une maison construite, sans respecter certaines règles. Résultat, certaines personnes construisent leur "habitation" en une nuit, bonjour le résultat !
Du fait que le visa Iranien de Sylvain se fait appeler "Désiré", le départ prévisionnel est fixé à Lundi. Affaire à suivre...

Vendredi 17 juin 2005, j+9

Après 3 jours et demi de trajet, nous avons fait environ 330 kms. Les premiers 330 kms avec ce vélo couché...
Je ne sais pas si c'est parce que je ne connaissais pas ce vélo ou parce qu il y a longtemps que je n ai plus fait de vélo, mais j ai vraiment souffert. Je pense que les 2 jouent. D'autant plus que le soleil est de la partie: Mes jambes sont donc cuites, dans tous les sens du terme. Les descentes et autres terrains plats se passent bien. Par contre, à la moindre bosse, je déguste. J'ai fini mes premiers cols à pied. Quand aux côtes, il m'arrive d'en finir quelques unes sur le vélo...
Tout cela pour dire que j'ai pris peu de photos...j'en suis désolé et me rattraperai plus tard. Par contre, les paysages sont grandioses. On retrouve pour le moment encore des champs verts, d'autres jaunes comme les blés (puisque cela en est) et d'autres bordeaux brique comme un vin arrivé à maturation... J'ai croisé des familles logeant dans une tente le temps de leur travail aux champs, perdus au milieu de rien.
L'hospitalité islamique ou simplement turque n'est pas un vain mot. On nous offre souvent du thé, très bon d'ailleurs, au bord de la route. Cela me touche à chaque fois et espère traiter avec le même respect les voyageurs à mon retour en France. Les personnes âgées et les enfants sont les plus curieux. Ils viennent souvent essayer de nous parler alors je sors mon dictionnaire et on lutte pour ce dire 3 phrases. Cela est très drôle à vivre. Ce midi, on nous a même offert le repas alors que l'on se reposait au bord de la route. Globalement, leurs plats sont très gras. Mais cela fait le bonheur de Sylvain qui passe son temps à tout saucer. Pour ma part, je mange peu et fait des cures de Coca.
Sinon, j ai croisé ces fameux chiens. Pour l'instant ils étaient soit attachés, soit ils nous ignoraient. J'ai quand même peur à chaque fois.
Aujourd'hui, c'est une demie journée de repos à Amasya. Je viens de faire ma première toilette depuis 4 jours. Je puais pas mal... Les vêtements ont aussi étaient lavés au savon de Marseille sauf pour le pantalon où la graisse de la chaîne ne part pas...C'est pas bien grave. Amasya est très belle avec des temples incrustés dans une falaise et des mosquées magnifiques.

Samedi 18 juin 2005, j+10

Pour rappel, on vient d'arriver à Amasya.
J'ai fait la connaissance de 3 turcs dont l'un se prénomme Ibrahim. Nous avons passé la soirée avec eux car ils voulaient nous montrer Amasya pendant son festival culturel. Ainsi nous avons visité la gare, un parc avec pleins d'animations, de l'artisanat et de la nourriture locale. Ensuite, nous sommes allés voir un concert dans leur stade. La première partie était un spectacle sur la vie d'Ataturk, l'homme qui a créé la République de Turquie moderne. Il est mort depuis 20 ans au moins. Aujourd'hui encore, certains lui vouent un véritable culte. Ce soir, ils lui ont chanté des chansons. Ils l'ont imité via des mannequins en costumes d'époque. Ils l'ont ovationné... Ca n'a pas arrêté !! Auparavant, il y a une série de chants d'un groupe ottoman. Les ottomans sont ceux qui ont pour la première fois réussis à envahir Byzance (Istanbul) pour qu'elle fasse partie d'un empire oriental.
La musique était très bizarre, avec beaucoup de tambours et de cithares. Mais les champs repris par le public rendaient très bien. C'était un groupe phare en Turquie, Ayna.

Dimanche 19 juin 2005, j+11

A partir de demain, le voyage continuera en solitaire. Nous avons trop de points de divergence avec Sylvain. C'est comme ça.
En milieu de journée, je suis allé voir de la lutte traditionnelle turque. C'est un sport pur assez technique, tout en restant impressionnant.
Le soir après une bière et une partie de Baggammon, nous avons fait connaissance avec un suédois qui venait de passer 6 semaines en Iran. Il était emballé par ce pays et ses habitants. C'est génial, cela me motive. Il ajoute que la route qui longe la Mer Caspienne est "safe" (il parle anglais) et est à voir. Je choisis donc, sur la seconde, mon itinéraire en Iran : ce sera la Mer Caspienne. Elle est au niveau de la mer donc peu de cols !!!
Sur ce, nous allons voir un groupe de Georgiens danser pour le festival. Ils sont magiques avec leurs sauts en retombant sur leurs genoux ou alors en faisant des toupies en courant... Ca vaut le coup. D'autant plus que le plus âgé doit avoir 14 ans.
Ibrahim me fait la surprise de venir me dire au revoir avec des amis vers 22h00. Il m'invite dans une terrasse à thé avec un orchestre, s'il vous plait !!! C'est de loin ma meilleure journée depuis le début du voyage !!! D'autant plus que pendant l'après-midi, Ibrahim m'a invité à prendre un déjeuner turc traditionnel fait par sa maman, chez lui. Son Berek était très bon.

Lundi 20 juin 2005, j+12

Il est 21h00. Je m'arrête après 135 Kms dans la journée !!! Le record est à battre. Mais ce sera dur car la première partie de la journée était en pente descendante... La séparation avec Sylvain s'est bien passée. Il est venu à ma hauteur, m'a prévenu qu'il allait accélérer et on s'est dit Bonne Route et Take Care. On s'est fixé un RDV de retrouvaille.
Pour les motivés, c'est à Ashkabad, Turkménistan, le 25/07/05 entre 17h et 18h devant Ukraynian Airlines!
Pour ma part le physique va bien mieux.
Les paysages sont plus verts car il fait moins chauds, souhaitons que cela dure. Mais je reste concentré sur la route car un col très important m'attend dans 200 kms.
Je n'ai donc que peu de nouveaux commentaires à faire sur la Turquie.

Mardi 21 juin 2005, j+13

A midi, je fais la connaissance de Mustafa. Il a 54 ans, parle très bien Anglais. Il a l'air très content de me parler. Sûrement car il a passé sa vie à voyager. Il veut m'offrir du Yaourt, fait dans son village, avec le lait des vaches du village. Il est très aigre (le yaourt, pas Mustafa...).
Mais Mustafa doit adorer car il m'en pique quand je parle et m'arrête d'en manger. Il me fait goûter un plat de légumes.
Il me pose pleins de questions, me parle de lui aussi, des avantages de son village d'un point de vu agricole (présence d'une falaise claire qui réfléchie la lumière sur les champs et d'une rivière qui longe le village...).
Il a des beaux fruits qu'il veut que l'on aille cueillir et ainsi me présenter sa femme. Dans la foulée, il me propose de rester tant que je veux pour me reposer et découvrir la Turquie.
Cet homme parait vraiment bon. Les enfants viennent le câliner devant moi pendant que l'on discute ensemble.
Mais la route m'appelle et c'est le coeur gros que je laisse Mustafa (sans prendre de photo, en plus.... Mais je ne me ferai plus avoir). Il me dit qu'il est triste que je parte déjà. Pendant ce temps, son frère qui tient le restaurant sur la route me donne un sac avec pain, tomates, oeufs et olives. Je n'en reviens pas !!!
" Bye Mustafa, enjoy life".
PS : Il m'a proposé de la Marijuana et j'ai refusé. "petit clin d' oeil à Maman ;-)"
La suite de la journée a alterné montées et bitume défoncé. Dans ces conditions, le moral fond comme neige au soleil. Il fait au moins 30 degrés, quand j'arrive dans une station service. Là, j'entends :"Meraba, what is your name ?". Je cherche et vois un pin's de 1m35 qui me sourit. Au final, ils sont 2 à amuser la galerie pendant une demie heure.
La suite de la journée est moins bonne. En version courte : Une BMW pleine de jeunes me double avec au niveau du passager un mec, les trois quarts dehors de la voiture qui me crie de tout, en faisant des signes agressifs... Je ne comprends pas et ne me sens pas à l'aise du tout, d'un coup.
Ensuite, je croise un taudis, avec 2 turcs pas clairs à l'intérieur, qui s'arrête à ma hauteur. Les 2 loulous en sorte, comme des peilles, et me disent : "Polis, Passeport". Là, je fais l'imbécile en minant de ne rien comprendre, même pas Polis et même pas Passeport. Le plus baraqué commence à s'énerver. Et d'un coup, ils mettent les voiles en me criant des trucs turcs (pas mal...le jeu de mollet!).
Sur ce, je recroise la BMW qui s'arrête. L'énergumène du coup d'avant essaie d'en sortir mais ses potes le retiennent... Et la voiture redémarre....
Au bout de 2 Kms, j'aperçois l'épave des faux flics planquée dans des arbres avant un village... Je presse le pas car je suis en train de pousser le vélo. Là, je fatalise : ils auront mon fric turc, OK mais pas mon Passeport.
A ce moment, un vieux turc m'arrête et me propose de mettre mes affaires dams sa voiture car le village est en hauteur. Je me dit : " Allah est grand ". Et là le vieux me dit : "C'est 15 livres" (en turc en plus....). Non, là, les turcs, j'en ai ma claque.
Finalement, après 125 Kms, j'arrive au village, sans voir mes faux flics.... Après avoir pousser mon ensemble Vélo + remorque sur des dénivellations jamais vues, dans le village. Je trouve un hôtel minable. C'est ceux que je préfère. En plus le gérant doit avoir 18 ans et il se plie en 4 pour moi. Je me barricade et décide que : Demain, je prends le bus pour Erzurum (à 350 Kms) et que je fais le reste de la Turquie en vélo (200 Kms). Alea Jacta Est...
Je vais me coucher, extenué, en regardant mes photos.

Mercredi 22 juin 2005, j+14

Susheri, 13h00: Je suis arrivé à la station de bus/restaurant/magasin de souvenirs... à 7h20. Depuis, 2 bus n'ont pas voulu de moi car pas de place pour le vélo... Malgré tout ça, je passe une matinée formidable. Tous les serveurs sont aux petits soins. Ils m'offrent café/thé. Les passants m'offrent des gâteaux, faits maison.
J'amuse tout le monde avec mon vélo et DOST. Ah oui, j'ai oublié de vous parler de DOST. C'est mon ami le dictionnaire, sans qui je ne peux communiquer.
Le chauffeur d'un bus qui m'a refoulé m'a même invité à petit déjeuner ! Pour couronner le tout, les chauffeurs d'un bus actuellement en panne m'ont invité à Erzurum quand le bus sera réparé (dans la nuit... Mais c'est déjà ça).
Je fais aussi pote avec le patron qui me dit qu'il a 5 femmes. Je passe les détails scabreux des discussions des hommes turcs. Sa conclusion est que je dois me convertir à l'Islam pour avoir 4 femmes de plus. Je suis mort de rire sous la table.
Quand je parle de mon travail, un des serveurs veut rentrer avec moi :-)... J'adore cette Turquie et ces turcs.
Côté initiation, ils me montrent comment préparer la viande sur le grill à Kebab. Bluffant, ils découpent tout sur des agneaux eux mêmes. Remarque, c'est peut être normal. Je vous laisse juger.
Il est 18h00 et comme souvent en Turquie, rien ne se passe comme prévu : aucun bus n'a voulu de moi, les chauffeurs du bus en panne ont reçu un coup de fil de leur boss. Il veut qu'ils aillent à Istanbul, à l'opposé d'Erzurum en fait....
Il est 23h00. Je suis toujours dans la station de bus/restaurant/magasin de souvenirs... et rien n'a changé : pas de bus mais tout le monde est toujours aussi prévenant. En plus, c'est une nouvelle équipe.

Jeudi 23 juin 2005, J+15

Il est 10h00 et je suis toujours bloqué à Susheri, le dit village. Le grand patron m'a donné une pièce pour dormir quelques heures pendant que toute son équipe surveille mes affaires. Le problème avec les bus est toujours le même : de la place pour moi, "Tamam" mais pour le vélo, "Yok Dolu".
Le grand patron vient m'inviter à faire des parties de Baggammon. Il me commente le guide de Turquie que j'ai emmené avec moi.
Je ne comprends presque rien à son turc mais tout le monde s'en fout car le but c'est de m'occuper. En plus, tout le monde est mort de rire à l'écouter.
Vers 8h00, tous les serveurs m'ont emmené manger de la Shorba (soupe turque de tripes). C'est à essayer une fois...
Aprés m'être fait refouler de 3 nouveaux bus, j'ai envie de tenter la piste Camions.... J'en parle à Ormus (un des serveurs) qui me dit : "Inch Allah". Il va voir 2 chauffeurs qui prennent leurs shorbas du matin. Puis il se retourne vers moi et me fait comprendre que c'est gagné ! Un des 2 camions m'emmène à Erzurum ou Agri, si je veux.
Je vais donc à Agri.
C'est génial car je peux quitter la Turquie et entrer en Iran exactement 30 jours avant l'entrée au Turkménistan : ce qui correspond à la durée de mon visa Iranien, Je peux donc y aller cool en Iran et découvrir le pays à mon rythme.

Samedi 25 juin 2005, J+17

Je suis arrivé à Dogubayazit après 103 Km de vent de face et un col de 2010m. C'est ma plus grande expérience sportive en vélo couché. D'autant plus que je n'ai poussé le vélo que sur 1 km à la fin du col.
En fait, cela a été dur à gérer psychologiquement car 9 heures de vents de face, ça rend fou...
A l'arrivée, je suis surpris de découvrir une ville vivante où l'on parle Anglais et où il y a quelques touristes. J'ai passé la soirée avec Kybi, un slovaque super sympa. Il voyage en vélo, sur un itinéraire assez proche du mien, incluant cependant, Afghanistan et Pakistan...