Carnet de voyage du Pakistan

Du Kunjerab Pass à Kharimabad, du 20 au 26 septembre 2005

A ce moment, je suis perplexe... Je suis très heureux de la réaction des pakistanais et aussi de Caro et Robert, qui étaient non moins heureux.
Le Pakistan s'annonce très bien. Mais tout le monde a l'air si heureux de quitter la Chine, qu'ils ont tous l'air de si peu apprécier... Et moi, j'y reviens pour 2 mois pleins... Non, je suis vraiment perplexe... Enfin, on verra.

Le premier douanier pakistanais est incroyable. Il monte dans le bus avec un sourire digne de ceux de mon père en fin de fête à Saint Laurent. Il lance un "Assalam Aleykoum" général à tout le bus et serre les mains des 4 premiers dans le bus. Il reçoit une ovation générale et sort tout heureux du bus. On en reste sans voix. On vient de passer le contrôle d'entrée au Pakistan. Dans la liesse générale, je vois des pakistanais imiter d'abord les douaniers chinois, rigides, puis le douanier pakistanais à nos allemands, morts de rire...
Par la suite, nous entrons dans le parc du Karakorum. Ce parc constitue la plus grande partie du Jamur et Cachemire, territoire théâtre d'affrontement indopakistanais qui regroupe le K2 (prince des sommets après l'Everest), plus de 15 sommets à plus de 7000m et les treks les plus beaux du monde, pour certains.
L'entrée est payante et nous descendons du bus en râlant pour nos 4 dollars US. Mais au milieu de la file, un monsieur nous demande de le suivre. Il a une surprise pour nous. La surprise, c'est Léo ! En effet, le parc regroupe deux espèces quasiment éteintes aujourd'hui, sur la planète. La première est le mouton de Marco Polo, que même beaucoup de locaux n'ont jamais vus.
Un mouton très puissant, avec des cornes immenses qui peuvent faire un tour complet. La deuxième, c'est Léo. Léo est un bébé léopard des neiges. Il est magnifique.
Le monsieur me le tend. Je n'y crois pas. Je porte Léo. Il joue avec moi, essaie d'attraper la fermeture éclair, me suce le doigt... "Vite, vite, prenez moi en photo... C'est génial !" Je suis aux anges. Et encore aujourd'hui, en écrivant ces lignes, j'ai le souffle court...

On arrive finalement à Sost, ville frontière pakistanaise a 19 heures.
Là un jeune nous propose une chambre pour 3 avec eau chaude, dans un hôtel, pour 4 euros en tout. On accepte. Finalement, l'eau chaude est disponible dans un seau sur demande... Bienvenu au Pakistan.

Le lendemain, Robert ne souhaite plus voyager avec Caro. Je compte les points et continue avec Robert et ses ballons... Le lendemain, on visite le vieux Sost.
On découvre que tous les enfants portent un costume à l'école et qu'ils parlent anglais à 7 ans... Et oui, le Pakistan était indien lors de sa colonisation par l'Angleterre !
On y roule d'ailleurs à gauche. Bien que toutes les voitures et camions que l'on rencontre, restent au milieu de la route...
On va au restaurant et découvre que le menu correspond à ce que l'on a eu la veille à l'hôtel... Riz, dall (lentille orange) et légumes verts... C'est bon et moins gras que le gras de mouton! Mais quand même, un mois à ce rythme....

Le lendemain, Robert et moi, nous partons pour un trek qui nous mènera dans des pâtures en altitude, où l'on fait connaissance avec deux femmes Wakhis. Robert leur offre des fleurs en ballons et elles nous adorent. On a droit à un filet de pommes et quelques abricots secs. Malheureusement, le ciel est couvert et il neige un peu plus haut. Notre trek s'arrête à 3600m, juste avant le glacier.
Lors de la descente, on arrive affamé à Morkhoun, village à 7km de l'hôtel. On croise deux femmes dans le village. L'une d'entre elle, nous dit timidement : "Do you want some tea ?" On se regarde avec Robert: le geste est beau, l'anglais de qualité mais on meurt de faim. Que neni, on nous répond : "I have some rice, do you want some rice ?" Là, on accepte avec le plus grand plaisir de la terre. En fait, on est accueilli chez le professeur d'anglais du village. Elle n'est pas à l'école car elle est malade. On lui propose des abricots secs. Elle prend le sac et reviens 5 minutes après, avec le sac plein de 3 kg d'abricots secs. C'est encore cadeau ! Robert n'en revient pas, surtout qu'au milieu de la montagne, un vieux wakhi nous a pris dans ses bras ! C'est Byzance, ou l'Iran...

Ah oui, les Wakhis sont des pakistanais, issus du Tadjikistan. Ils ont rejoint le Pakistan en passant par l'Afghanistan, à travers le corridor de Wakhan.
Ils ne parlent pas le Farsi, dialecte très proche du perse qui est parlé par les tadjikes, mais leur propre langue, le wakhi.
Le Pakistan est comme l'Iran, une mosaïque de tribus, dont la cohabitation n'est pas toujours tranquille. On retrouvera d'ailleurs bientôt les Shinas, Burushashkis, et autres Pashtounes et Khowar.

Par la suite, on fait une halte à Passu où j'ai traversé un pont suspendu de 100m de long, qui passe au dessus de l'Indus. Il est constitué de cordes d'acier pour faire la structure et de vieux morceaux de bois, espacés de plus ou moins 80cm. Je pense que c'est le truc le plus dingue que j'ai fait de ma vie... Le lendemain, je suis allé me balader au bord d'un glacier, pour la première fois de ma vie. La chose est d'autant plus impressionnante qu'en le regardant en mangeant des pommes, cueillies plus bas dans la vallée, il faisait des bruits impressionnant de neiges et de roches qui craquent...
Je suis aujourd'hui à Kharimabbad où je retrouve enfin les nouvelles du monde et de mon monde.

On est fin septembre. Je me rends compte que tout le monde a fait sa rentrée. De Clément, le plus petit, à Coralie, la plus âgée, tout le monde est sur les bancs de l'école... que ce soit à Marsillargues, Lunel, Nîmes, Montpellier, au Grau-du-Roi, à Saint Laurent d'Aigouze... Et oui, Peggy est à l'école, aussi.
Biensur, mon petit coeur continue d'avancer et, j'espère, voit un point de lumière dans son tunnel pharmaceutique... On garde tous les deux constamment le mariage en tête pour se ragaillardir. Et les petits bouts de choux de Saclay, bientôt dans la famille aussi, poussent, poussent !
Papa et Maman en ont enfin fini de leur série de vacances. Mamé se remet de la disparition de Fouine.
Tonton Charles à cette heure, rentre de la pêche dans son bateau. De leurs cotés, je pense que les nouveaux parents saint-laurentais profitent enfin des soirées de semaine, les enfants étant crevés après l'école.
Paul, ainsi que les parisiens de PEA doivent avoir beaucoup de pain sur la planche. C'est toujours pareil en Septembre !
Et moi, je suis au Pakistan, sur mon vélo... Le monde n'est pas si grand que ce que l'on dit, mais qu'est ce qu'il est magnifique ! Je pense très fort à vous !

Note : Depuis ma rencontre avec Frank et Dom, mon vélo a un nom. Il s'appelle Niccolo. Niccolo Polo était le papa de Marco Polo. C'est lui qui l'a emmène en Asie pour la première fois, en respectant sa promesse de revenir voir l'empereur Mongol, Tien Shol (je crois).
Niccolo m'a aussi emmené à travers les pays musulmans de Turquie et d'Iran, l'Asie centrale, la Chine et maintenant le sous continent Indien...

Kharimmabad

Cette ville marque un tournant dans ce périple. Je quitte les contrées "sauvages" ou mes seuls contacts et point de repère sont les habitants, les locaux.
Je suis maintenant entouré de touristes. Il y a toutes sortes de touristes, plus ou moins insérés dans la culture locale, avec des budgets plus ou moins serrés... Mais ce sont des touristes. Et dans ces places ou il y a des touristes, les relations avec les locaux sont plus basées sur de l'argent. Et mes nouveaux repères sont ces touristes. Cependant, le voyage ne perd pas tout son intérêt. Si il y a des touristes, c'est qu il y a des choses a voir, a vivre.... Enfin, je pense !

Lors de mon séjour à Kharimabad, je décide de faire un trek. Il est décrit par les locaux comme un trek de 5 jours, nécessitant guide, mais offrant des vues magnifiques sur l'Himalaya pakistanais.
Nous en parlons à la table de la guesthouse avec Robert, et viennent se joindre a nous : Martin un géant suisse-allemand, Yvan un suisse allemand moins grand mais bon premier contact et un kiwi de 53 ans nommé Robert.
Le départ se fait de Hoper, un village que l'on devait atteindre en jeep louée a prix d'or mais que l'on rejoint en bus local à cause du glissement de terrain qui isole Hoper du reste du monde.
Le bus de 15 places est tout de même rempli de 30 personnes et c'est vrai !
Le premier jour, nous prenons un guide pour traverser les deux glaciers qui sont à nos pieds. Comme tout cela se fait à 7 heures du matin, c est très facile. Le glacier est encore gelé de la nuit et cela correspond presque a marcher sur de la terre. Puis nous rejoignons ce qui est censé être la fin du J1 vers 14h, après avoir marcher sur un terrain facile, entourés de moutons et chèvres imposantes ! Nous décidons de continuer, malgré la description de "relentlessly steep" de la suite. Je ne comprends malheureusement ces mots qu'après 4 heures de souffrance et une arrivée à 4100m dans une petite tempête de neige.
Rob le kiwi est à l'aise en short alors qu on est en train de se geler. Je trouve la force d'aller chercher de l'eau avec lui et nous faisons des pâtes pour le repas !
Le second jour, après un petit dej' de roi a 4100m, on rejoint un lac a 4400m pour étudier notre cible, un sommet de 5100m constitué de gros rochets empilés. Puis nous entamons notre lente montée au prix de fréquents arrêts pour reprendre notre souffle.
Finalement je renonce à 5050m environ. Avec les chaussures de vélo et mon vertige, je suis trop lent...
Heureusement il fait grand beau et la vue est magnifique, sauf au loin ce qui nous masquera le K2...
La descente vers le lac n'est pas triste malgré l'échec, c était vraiment sympa ! On redescend à 3300m le long d'un chemin qui me fracassera les deux jambes.
Le troisième jour, nous rentrons vers Hoper. Cependant il est 13h quand nous arrivons aux glaciers et ils n'ont rien a voir avec ce que l'on vu plus tôt dans le trek. Il y a des ruisseaux, de la boue, des crevasses et des plaques de glace très glissantes... Heureusement des paysans qui ramènent leurs vaches à ce moment nous montrent la voie pour s'en sortir !
Pour la petite histoire, je n'ai pratiquement pas bougé pendant les deux jours qui suivirent le trek...

Gilgit

Nous arrivons avec Robert dans une ville ou des cyclistes hollandais ont vu, deux semaines auparavant, un gars se faire tuer par balles ! La ville est le théâtre de constants affrontements entre sunnite et chiites. A notre arrive, on voit des rangers partout.
La ville n'est pas tranquille.
Cependant son bazar, plein de vie, est une parfaite introduction à l'ambiance dans le sous-continent indien.
Nous apprendrons plus tard que deux jours après notre départ les rangers ont tué quelqu'un et que des affrontements ont suivi.
Une connaissance hollandaise est resté bloquée 7 heures dans un magasin du bazar en entendant des bruits de balles au dessus de sa tête. Plus tard des hommes cagoules en noir descendront armé de la vallée Hunza pour défier les rangers ! Tout se calmera 7 jours après !

Islamabad - Rawalpindi

Je rejoins Pindi après 14h de bus et c'était l enfer. La KKH dans un bus express correspond assez bien a Space Mountain et 14h de Space Mountain...
J'arrive a Pindi a 22h et nous trouvons, avec Robert, un hôtel à un prix raisonnable dans une impasse miteuse sans lumière, dans une chambre sordide mais en sécurité pour nos vélos et nous.
Vers 2h du matin, on nous réveille pour nous virer de l'hôtel. Soit disant la police, que nous ne voyons pas, ne souhaite pas que l'on reste dans cet hôtel pour la nuit.
Nous partons alors penauds vers Islamabad a 6km dans le nuit en vélo... quels débuts !

Par la suite, nous trouvons un camping tranquille, un petit coin pépère dans ce monde agit' ou je fais la connaissance de Topette, Titouan, Jade et leurs parents, ainsi que de Seb et Lyly, 2 vendéens partis de France en vélo 7 mois plus tôt !

S'en suit une attente commune de 10 jours pour étendre le visa pakistanais et obtenir le visa indien.
Lors de cette attente, mes faibles activités alterneront entre Internet, des balades aux bazars de Pindi, l'achat et la lecture de (3) livres et la croisade pour trouver a manger lors du Ramadan...

Nous partons finalement pour Lahore à 4, Rob, Seb, Lyly et moi.

Nous roulons au rythme pépère de 60km par jour qui nous permet de trouver chaque soir une place sympa pour manger et dormir.
Nous apprenons à jouer au cricket et au hockey sur gazon avec des équipes locales. Nous nous payons le luxe de manger une perche au bord d'une rivière. La fine équipe se retrouve même, à la veille de l'entrée à Lahore, dans une immense maison à manger du poulet et faire des ballons a la fille des maîtres de maison...
La journée la circulation est intense mais gérable. Elle demande cependant beaucoup d efforts. Et malgré la fraîcheur de la nuit, je dors très bien !

Lahore

L'entrée à Lahore est un véritable combat. Je préviens. Je hurle. Je m'appuie. Je menace même et je me fais jeter des fois.
Mais tout cela est nécessaire et fait parti du jeu. Je fais même rire les gens parfois !
Toutefois fort de cette tactique et de la précieuse indications de nos précédents hébergeurs, nous trouvons assez bien notre chemin et notre guesthouse.
Lors de notre jour de repos, Robert vend son vélo et moi j achète quelques pièces pour le mien (guidon et câbles).
Je vais me promener dans une mosquée et un fort. Sur le retour j assiste la cérémonie de l'anniversaire de la mort d Ali. Des hommes se baffent le torse au rythme d une musique chantée par la population. C est très impressionnant.
Le lendemain nous partons a trois. Robert nous rejoindra en bus pour acheter sa moto...