Carnet de voyage d'Ouzbékistan

Mercredi 3 août 2005, J+55

Cf. pour le Turkménistan, plus haut...
L'Ouzbékistan est très accueillant. Les gens sont sympas et rappellent un peu les iraniens. Ils ont le contact facile, surtout les hommes qui veulent tous essayer mon vélo. Boukhara est atteinte dès le premier jour. Cette ville est magnifique, pleines de medersas, de minarets et autres anciens bàtiments... Seules les photos que j'essaie d'envoyer peuvent être utiles pour comprendre à quel point c'est beau.

Jeudi 4 et vendredi 5 août 2005, J+56/57

Sur l'ensemble des 2 jours, je joue au petit touriste, comme l'ensemble des 100 autres français présents sur place ! Sans refaire le Lonely Planet, je retiendrais les medersas, les bazars couverts, le minaret Kallon et l'Ark. Chacun pris isolement est magnifique et fait de Boukhara la plus belle ville du voyage. Mais l'ensemble est magnifiquement intégré dans la vieille ville, pleine de maisons en terre et aux ruelles étroites pleines de mystères... Il est vraiment facile de s'imaginer ce qu'était la ville quand arrivaient les marchands de soie et d'épices, quand arrivaient les guerriers de Tamerlan après des batailles contre les Tatares russes ou nomades du désert du Garagorum !
Avec les medersas, l'Ark, le palais fortifié représente la plus belle image de la ville. On a l'impression que c'est un énorme bateau, arrimé à la ville et en partance pour le désert ! A l'intérieur de l'Ark, j'ai fait connaissance avec mes premiers ouzbeks, des marchands qui faute de me vendre des souvenirs, m'en ont offerts plusieurs... On notera que l'un d'eux, en photo sur le Lonely Planet, a absolument voulu me signer un autographe...

Samedi 6 août 2005, J+58

Nous avons fait 140 Kms, en pédalant comme des malades toute la journée...
On s'est même tapé du vent de face pendant plusieurs heures, mais au moins c'est plat !
Le soir, on a été accueilli chez un tenancier de bar. Il nous a emmené à 25 Kms en voiture, juste pour nous inviter au restaurant à 3, sans sa famille... De retour, on goûte à nos premières bières Ouzbekes dans son bar. Peu après on part vite au lit, complètement épuisé par notre journée...

Dimanche 7 août 2005, J+59

Réveil à 5h45 ! Ils sont fous ces ouzbeks... Lors de notre départ, Syarkyl, notre hôte me demande si on veut prendre quelque chose dans son bar, à boire, à manger... Il me propose même de me donner de l'argent ! Après avoir tout refusé avec le sourire, on se refait une journée de dingo. On a tenté une route parallèle à l'autoroute qui mène à Samarkand, résultat : L'asphalte est pourri ! Quand il y a de l'asphalte ! Et on passe notre temps à sprinter après une grosse bosse, pour souffrir à monter la suivante.
Les vitesses chauffent beaucoup à ce petit jeu.
Arrivée à 17h20 à Samarkand, nous sommes accueillis par des étudiants de la ville qui font guides touristiques gratuitement, juste pour pratiquer l'anglais ! Je trouve cela génial. Nous dormons dans le salon d'une famille Ouzbek. C'est moins cher que l'hôtel et tellement plus drôle. Les échanges sont plus limités, mais comme d'habitude, le courant passe très bien et on rigole de tout et de rien.

Lundi 8 août 2005, J+60

Je joue une fois de plus au touriste de base. Le registan, un ensemble de 3 medersas est grandiose est peut constituer une des perles du voyage. La première de ces medersas nous vient d'Ulug Beg, petit fils de Tamerlan. Ce dernier, également appelé Timur, fut un guerrier qui décida de faire de Samarkand la capitale de son royaume. Le royaume commença petit, mais les succès de Tamerlan portèrent la ville comme capitale d'un immense royaume, plein de richesses. Ainsi Timur et son petits fils en firent la ville que l'on connaît aujourd'hui. De plus, sa position au carrefour des routes perses, chinoises et indiennes, lui permit un essor constant pendant quelques siècles. La Samarkand contemporaine a mis en valeur toutes ses richesses mais on peut constater que l'ensemble ne fait pas partie de la ville moderne, si ce n'est à travers le tourisme! C'est pourquoi, je préfère Boukhara à Samarkand, si les comparer a un sens.

Mardi 9 août 2005, J+61

Je passe la journée avec les étudiants qui font guides touristiques. Il y a des ouzbeks d'origine russe, d'origine tadjike et des ouzbeks... ouzbeks. Des qu'ils sont en groupe non homogène, en terme de langues, ils parlent russe. Alors que chez eux, ils parlent les langues originelles. Ce melting-pot s'explique par la déclaration surprise d'indépendance de l'Ouzbékistan qui a quasi figé le flot de travailleurs étrangers de l'ex URSS en Ouzbékistan.
Ils m'expliquent qu'aujourd'hui, il est aussi facile de trouver en Ouzbékistan, des tatares, kirghizes ou autres kazakhes. Des discussions plus politiques me font comprendre que l'Ouzbékistan n'est pas plus un eldorado démocratique que son voisin Turkmène. Le non respect de la constitution, si famélique soit-elle, les bakchichs aux policiers si besoin et l'obligation d'étudier les oeuvres du président Karimov en université en sont autant d'exemples...
Le soir, on défie l'équipe de la National Bank Of Ouzbékistan au foot dans le stade de la ville. Après avoir donner un bakchich au gardien du stade, on se fait battre 5 à 2. Mais en face, ils avaient un joueur de D2 ouzbek.

Mercredi 10 août 2005, J+62

Le soir, on stoppe à 10 Kms après Jizzax. La journée a été dure car 120 Kms avec vent de face et surtout 2 montées dans lesquelles j'ai un peu souffert.
Le soir, on a dormi chez un couple au milieu de la campagne, avec leur fille de 12 ans et leurs 20 vaches. Le couple et la fille vivent dans un 1 pièce en terre, sans eau courante. On plante la tente devant chez eux et Sahib, le papa part en vélo à quelques Km, pour faire des courses pour le soir. Il revient avec de la vodka. On trinque tous et passe une super soirée. Le plov ouzbek a base de pàtes est très bon et le melon blanc du champ voisin excellent. On ne se comprend pas mais l'homme m'apprécie autant que ses vaches, me dit-il ! Je garde un très bon souvenir de cet endroit.

Du 3 au 22 août 2005

Tachkent a été globalement moyen. J'y ai vu peu de personnes, les rues étant très larges (peut-être pour favoriser l'accès des chars en cas de révolte...) et vides. Certains quartiers sont entièrement russes ! D'autres, notamment autour du bazar de Chimsou, ne comptent pas de minorités tatares ou kazakhes. Il y avait peu de monuments, à part le stade de football et l'opéra Noister. C'est d'ailleurs dans le stade que je suis fait prendre en photo devant le panneau de sponsor, réservé à l'interview de l'homme du match. Ce panneau a été utilisé le lendemain de la photo pour le match Ouzbékistan - Koweït, qualificatif pour le mondial 2006. L'opéra lui accueille beaucoup d étranger tant le théàtre traditionnel ouzbek est de qualité. Malheureusement, étant en été, le théàtre national était fermé.
Le soir, nous avons principalement passé nos soirées dans le Broadway Ouzbek. C'est son vrai nom. C'est une rue qui regroupe des stands de fêtes foraines (type carabines à air et ballons à éclater), des bars normaux (là où on allait) et des boites de nuits plutôt axées striptease...
J'ai fait la connaissance de plusieurs bagpackeurs sympas, tels que, Catherine, une parisienne, qui venait de passer un mois en Ouzbékistan / Kirghizistan. J'ai aussi fait la connaissance d'une Ouzbek qui va étudier à Paris pendant un an à la Sorbonne. Elle m'a donné des livres en français et en Anglais. Je vous conseille le livre suivant : 7 jours pour une éternité de Marc Levy.
Avec Sylvain, nous avons passé une après midi à la bibliothèque anglaise de Tachkent. Là, les locaux ont organisé une après midi conversation avec nous. Les sujets abordés ont variés autour de la politique du pays pour l'avenir, du fait que l'Ouzbékistan n'est pas considéré comme une démocratie et de l'avenir de la Mer d'Aral, qui s'épuise malgré elle, en laissant derrière elle des étendues polluées par les pesticides lies a la culture du coton... A part cela, il n'y a rien de spécial sur Tachkent...
J'ai fait la vallée de Fergana avec Sylvain. On y a accédé après un col à 2250m qui se terminait par un tunnel ! A l'entrée du tunnel, 2 militaires m'ont demandé des sous et mes lunettes de soleil ! Vous ne pouvez pas vous imaginer comme je les ai jetés ! Je suis parti en gueulant et à la sortie du tunnel, je suis allé me plaindre à la police. Sylvain était mort de rire... Après, tout s'est bien passé d'un point de vue sécurité.
Dans la vallée, on a même fait une soirée avec des militaires. Le chef des militaires était plein d'alcool de chez plein et il voulait m'inviter à danser. Dire qu'il faisait parti de ce qui ont tiré sur la foule à Andijan depuis des hélicoptères à la mitrailleuse lourde... Même si en France on n'a eu très peu d'infos sur cette histoire, certains ouzbeks qui avaient de la famille là bas ont parlé de plus de 1000 morts...
A Andijan même, on est entré dans le marché avec les vélos, persuadés de trouver des guérilleros retranchés avec des kalachnikovs. Résultat, on a été l'attraction et on a mangé avec des flics... Pour un endroit où les flics son corrompus, ils nous ont gardé les vélos après nous avoir montré le meilleur resto du marché. Par contre, d'un point de vu paysage, après un début de vallée magnifique, j'ai été déçu par son caractère assez désertique.
Les gens sur place, comme partout en Ouzbékistan ont été accueillants et drôles.

J'aurai quand même franchi mon premier col à 2250m, le cul sur la selle.