Carnet de voyage d'Iran

Dimanche 26 juin 2005, J+18

Le passage de la frontière s'est très bien déroulé.
Cela m'a pris 1 heure car j'ai passé une demie heure à discuter avec des policiers Iraniens morts de rire de voir mon vélo. Les premiers mots que je comprends son un vibrant : "Welcome In Iran", qui parait sincère.
A Bazargan, première ville Iranienne, je me suis fait arrêter 100m après un contrôle que je n'avais pas vu par un homme qui me courait après. Il me regarde sérieusement dans les yeux. Il me montre qu'il est armé (si si je vous jure...). Puis il me fait un énorme sourire. Il me dit qu'il est policier, me serre la main et me souhaite la bienvenue...
Vers 17 heures, je prends un orage sur la figure. Je m'arrête dans un village et après avoir discuté pendant 1 heures avec les jeunes du village l'un d'entre eux m'invite pour la nuit.
Il s'appelle Zeyna. Il m'accueille dans sa maison, un trois pièces couvert de magnifiques tapis. On boit des thés entre hommes, les femmes restent dans la cuisine. Elles ne sont pas a l'aise avec les étrangers me dit il.
Ils m'apprennent à manger à l'Iranienne, avec du pain sous forme de crêpe.
Ils sont 12 frères et soeurs, et l'un d'eux a fait la guerre Iran/Irak. C'est très impressionnant de voir les photos commentées par ces gens.
Nous dormons dans la même pièce sur les tapis avec quelques couvertures.
Remarques sur Zeyna et Javad : Javad est le meilleur ami de Zeyna. Quand je les ai vu, pour la première fois, ils étaient complètement bourrés.
Pourtant, l'alcool est interdit en Iran.
Quand je leur demande si ils sont pratiquants, Javad me répond que Non, que son pays est trop islamique et qu'ils ne sont pas libres.
Zeyna par contre, prie et lit le Coran de temps en temps. Etonnant qu'il soit bourré alors...
Ils me confirment pendant la soirée qu'ils n'ont pas droit à la musique ou peu, qu'il n'y a aucun films américains à la télévision et peu de films étrangers en général. Cependant, j'apprends après que Zeyna et Javad font bénévolement partie de la police, que si l'un des nombreux ennemis de l'Iran les attaque ils iront se battre...
Dernier point, ils veulent que j'envoie une lettre qui dit que je les invite en France. Ils en ont besoin pour obtenir un visa. Ils veulent émigrer. Tout cela est très intéressant et je suis curieux de discuter avec d'autres jeunes iraniens.

Mardi 28 juin 2005, J+20

Aujourd'hui, j'ai fait 30 Kms de vélo car 3 vieux iraniens ont voulu m'emmener au centre de Tabriz en pick up. J'ai regretté le temps d'une descente géniale. Mais quand nous sommes arrivés en banlieue et que j'ai vu le trafic, j'étais le plus heureux dans ce pick up. Ils m'ont déposé à coté du plus grand bazar d'Iran en m'offrant un verre d'une boisson très bizarre... pleine de graines très colorées. Comme la drogue est interdite en Iran, je tente le truc et suis agréablement surpris !
En me promenant dans le bazar, je fais la connaissance d'Ali qui me promène dans Tabriz. Il est étudiant en Anglais et Français et très fier de m'avoir trouvé. Il m'invite pour une semaine chez lui, à l'opposé de l'Iran.
J'accepte avec plaisir, c'est sur ma route et je devais y aller dans 2 semaines.... Le village s'appelle Bojnud. Il souhaite me présenter dans son ancien lycée... Je sens que je vais bien m'amuser. Je dois le revoir demain. Il veut me présenter un français qu'il connaît et qui est sur Tabriz.
Les coordonnées de Ali (Ali Alipour) : alwqy@yahoo.com. Je le conseille comme guide.
Demain je passe la journée avec Rudi, un slovaque qui vient en Iran pour la troisième fois. Notre programme est Grand Bazar et Mosquée Bleue.

Mercredi 29 juin 2005, J+21

Je suis à Tabriz depuis la veille. Aujourd'hui, je me suis perdu dans le bazar avec Rudi, un slovaque qui va en Afghanistan et au Pakistan (pas le même qu'en Turquie). Nous avons eu droit à un cours sur les tapis Iraniens en Anglais. Comme personne n'a un bon niveau, je ne vous en parle pas ;-)
Sachez cependant que les tapis sont très différents selon qu'ils proviennent de tribus nomades, de spécialistes de Tabriz, Isfahan (magnifique ville au centre de l'Iran), de Ghom (ville très religieuse où Imam Khomenei a étudié); selon qu'ils sont en laine de mouton, de vache, ou coton ou soie; selon leur densité de points par carré de 7cm sur 7....
Bref, il y a une grande variété de tapis qui nous sont présentés. Pourtant on leur a dit que l'on n'en achèterait pas mais ils insistent...
Pour information, les prix commencent à 2 000 dollars. Y a t'il des preneurs ?
Par après, nous allons à la mosquée bleue, une mosquée entièrement recouverte de pierres bleues d'Isfahan qui a terriblement souffert d'un tremblement de terre au 15ième siécle et plus récemment dans les années 80, je crois. On y a vu des étudiants en train de la restaurer. Si vous cherchez des stages en archéologie, j'ai trouvé du travail pour des promotions entières....

Jeudi 30 juin 2005, J+22

J'ai quitté Tabriz très tôt ce matin car la circulation était démentielle la veille. Tabriz fait 1.6 millions d'habitants et j'étais en plein milieu du tas.
Il m'a fallu 1h20 pour sortir en alternant la marche sportive dans les carrefours, les traditionnels saluts des Iraniens en délire, le doublage de voiture en 3ème position (si, si...) et des sprints.
J'ai enchaîné avec un col, franchi les fesses sur la selle (ou chaise longue) pour la première fois. J'ai bouclé 130 Kms en stoppant à 18h00 les mollets en feu.
Ce midi, j'ai été invité à manger par un docteur.
Un iranien de 2m voulait que je fume un narguilé, mais j'ai dit non. Je suis sportif tout de même !!!
Ce soir, je sors la tente pour la première fois.

Vendredi 01 juillet 2005, J+23

J'ai passé 4 heures à franchir 50Km. J'ai eu un incroyable vent de face tout le temps, au milieu d'un col sans fin, entre Sarab et Ardabil.
Quand je suis arrivé en haut du col, j'ai fait une méga pause. Là, un iranien, Islam, s'est arrêté et m'a donné du thé. C'était drôle au milieu de nulle part avec plein de vents, qu'ils réussissent encore à nous sortir du thé.. Il a insiste pour me prendre dans sa voiture.
Alors complètement exténué, j'ai fait la descente dans la voiture. Il m'a mené jusqu'à Astara, ville frontière avec l'Azerbaïdjan, le long de la mer.
J'ai rencontré plusieurs jeunes iraniens qui m'ont sorti pour la soirée. Astara est une ville spéciale en Iran, les moeurs y sont très libres par rapport au reste de
L'Iran.
Je prévois de partir demain, en longeant la côte. Je m'arrêterai sûrement vers Bandar-e-Anzali, dans 150 Kms, pour un jour de repos.

Samedi 2 juillet 2005, J+24

Astara est une ville qui fait figure d'exception en Iran. Cela s'explique par sa géographie, elle est au bord de la mer et à la frontière avec l'Azerbaïdjan.
Donc c'est un lieu de tourisme pour les iraniens qui subit l'influence de l'Azerbaïdjan. On peut donc trouver à Astara de l'Alcool et les femmes montrent jusqu'à leurs oreilles. Cela change du foulard traditionnel où l'on ne voit que le nez...
Les jeunes boivent parfois même en journée. Un iranien me montre un verre d'alcool dans le cyber-café, rempli à ras bord à 14h00... D'après mes potes locaux, on trouve de l'extasie, aussi...
D'ailleurs, mes potes locaux sont les vendeurs de fringues d'une galerie, appelée Passaj en Iran. On retrouve en tête, Ashbar, le seul qui parle Anglais et qui veut émigrer, Mehdi, qui ne parle pas Anglais mais avec qui on rigole pas mal et Chihan.
Hier soir, ils m'ont promené en ville en écoutant de la techno, from DJ Alley Keita. C'était drôle de les voir faire des tours du parc d'Astara avec les coudes dehors et la musique à fond. D'autant plus qu'en Iran, les parcs sont toujours pleins de famille qui prennent l'air tranquillement...
Ils aiment connaître mon avis en général, pour comparer leur situation avec l'Europe. Il ne nous connaissent pas du tout et sont pleins d'aprioris. Non pas parce qu'ils ne sont pas curieux mais parce que le gouvernement iranien fait tout pour les isoler. Quand on imagine que nous ne savons rien d'eux parce que cela ne nous intéresse pas... La situation en Iran n'est quand même pas facile pour les jeunes et cela ne m'étonnerait pas que l'on retrouve un mai 68 en 2008, si la police ne relâche pas un peu le collet...

Dimanche 3 juillet 2005, j+25

J'ai commencé la journée par un foot sur la plage avec tous les jeunes du Passaj Amir. Le niveau ayant été moyen, je m'en suis sorti comme un ex champion du monde! Nous nous sommes baignés et le fait de savoir nager m'a fait monter dans leur estime. De plus, après avoir fait moins de 5 min au 20m, je suis passé au rang de star. Par la suite, on est tous allé déjeuner dans des paillotes recouvertes de tapis. Sandwichs d'omelette et thé étaient au rendez vous. Ils ont fumé le Galian, le Narguilé. Vers 10h00, j ai dit au revoir à tout le monde, avec accolades... C'était un peu émouvant pour eux. Il y avait au moins 20 personnes autour de moi. Mhedi et Chihan ont pris une moto pour me montrer la sortie d'Astara.
La route est affreuse, petite. Elle supporte le trafic de l'axe Azerbaïdjan - Téhéran.
Je souffre énormément de la chaleur et des jeunes qui veulent me suivre en vélo ou en moto. Parfois, des voitures me doublent et s'arrêtent 100m après pour me saluer ou me prendre en photos. Je suis obligé de faire des écarts et avec la fatigue et la circulation, c'est assez galère. Vers 19h00, complètement lessivé, on m'indique un coin pour dormir, le Gesum, à 10km. Je tente le coup et me retrouve au bord de la mer, dans une zone surveillée par la police (donc 0 stress) et avec des douches. C'est le camping de l'Espiguette avec les foulards en plus! Les hommes ne se baignent pas au même endroit que les femmes et les shorts ne sont pas autorisés partout. Je fais connaissance avec une famille de Tabriz.

Lundi 4 juillet 2005, J+26

Au réveil la famille de Tabriz m'offre Thé et Eau. Leur enfant le plus âgé, Mehdi (encore...) parle un peu Anglais. Ils sont très très curieux. Je suis le premier touriste qu'ils voient, pour certains... je communique pour la première fois avec une femme, c'est la maman. Elle est institutrice à Tabriz. Le papa est professeur de Mathématiques dans une high school. Je dois avouer que je n'ai toujours rien compris au système Iranien.
Tout le monde est fan de mes cartes postales de Paris. Je quitte tout le monde à 9h20 pour une journée de galère bis sur cette petite route. Au bout de 40 Km mon calvaire se termine.
Je quitte la route principale quand un coup de sifflet retentit. C'est la police qui m'appelle : Contrôle! Le tout est bon enfant et je repars après un quart d'heure. Après une pause de 1h20 à boire des thés dans un village avec des vieux, je rejoins Bandar e Anzali, un port de pêche. J'ai une réserve de 8 jours de repos à cause de mon visa Turkmène. J'en prends un ici. Je trouve une pension, dans laquelle je fais une sieste énorme.

Mardi 5 juillet 2005, J+27

Journée de repos à Bandar e Anzali. J'ai dormi toute la journée car la chaleur est insupportable. J'ai réussi à me promener vers un marché aux poissons. Il y avait du poisson frais, de la sèche et du poisson tout violet, recouvert d'un liquide bizarre. On m'y a proposé du caviar. Mais vu l'état des étals et des poissons, j'ai refusé!
Le soir, en me promenant, je recroise les pêcheurs de la veille qui me reconnaissent. Je ne sais pas comment car ils sont blindés. Apparemment, ils ont trouvés du Whisky quelque part.
Je vais me coucher, complètement exténué.

Mercredi 6 jullet 2005, j+28

La journée a été sportive et brûlante. J'ai mis mon maillot de l'équipe d'Iran. J'ai un succès dingue avec.
Par contre, je viens de prendre 2 coups de soleil sur les bras assez costauds. Normal, je n'ai mis que du manche longue jusqu'à présent.
La route est très bonne, malgré la circulation. Elle est large et agréable entre la montagne et la mer. Je roule bien.
Aujourd'hui, nouveau record à 160 km. Il n'était pas prémédité mais arrivé à mon objectif du jour, on m'a conseillé de dormir 30 Kms plus loin. Le résultat est sympa. Sur ces derniers 30 Kms, j'ai fait la connaissance d'un cycliste iranien. Il me conseille d'aller dormir dans une famille qu'il connaît. Ils m'acceptent si je partage les frais du repas. La nuit est excellente dans une salle à manger iranienne, pour 2 euros. Cela me rappelle chez Zeyna avec tous ces tapis autour de moi.

Jeudi 7 juillet 2005, J+29

Aujourd'hui, rien de spécial. J'ai mangé pour la seconde fois de l'abrusht. C'est un ragoût que l'on mange en 2 fois. D'abord on verse le liquide dans un bol. On y ajoute du pain et basta. Ensuite, on pile le ragoût sans sauce (tomate, pois chiches, oignons, viande....). On mange la purée obtenue. La deuxième partie est pour moi de la gourmandise car je suis calé. J'en profite pour faire une sieste d'une heure au bord de la route. Il fait vraiment très chaud.
Le soir, j'arrive au parc de Sesangan. Je fais connaissance avec la police qui me propose de dormir dans leur campement. C'est génial mais seul hic. Ils dorment à 2 m de la route. Finalement, je dors dans le parc au milieu du campement des gardes forestiers. Je fais connaissance avec le patron du parc qui ordonne à ses troupes de surveiller mes affaires pendant la durée de mon séjour ici. Je choisis de rester dans le parc. Je pars me balader dans le parc et arrivé au magasin central du parc, le commerçant est heureux de pouvoir parler Anglais. Il me présente à 2 gars. J'apprends plus tard que l'un est un haut politique de Téhéran et l'autre est propriétaire d'un complexe touristique. Ce dernier me propose de venir dans son complexe. Il m'invite. Je refuse. Je sens que je vais bien m'amuser avec les flics à l'entrée du parc.

Vendredi 8 juillet 2005, J+30

Cela fait un mois pile que je suis parti.
Ce matin, j'ai déjeuné avec une famille de Téhéran. Le père est nostalgique de la période avant la révolution islamique. Il pense que Khomenei était un menteur. Il ne comprend pas que les iraniens aient voté pour le nouveau président. C'est un ultra religieux qui ne voudra sûrement pas ouvrir l'Iran au monde.
A midi, le patron du parc m'invite à manger dans son bureau. On parle de tout. Il me provoque en me disant qu'en France on n'est pas libre car les femmes ne peuvent pas porter le foulard à l'école. J'essaie un peu d'expliquer les choses (Ferry, les relations de l'exécutif et du religieux...) mais je n'ai pas assez de vocabulaire et ne cherche pas à continuer la joute.
Par contre, j'apprends que lors de la guerre Irak - Iran. C'est Sadam qui a envahie l'Iran en 1979 avec des moyens européens. Les avions étaient des mirages français et les bombes étaient anglaises. Il parait que les pays arabes tels que l'Arabie saoudite ont mis la main à la poche, aussi. Il m'explique qu'ils ont réussi à repousser les irakiens en 1986. A cette époque, une bombe a éclatée à côté de lui. Il me montre sa cheville qui est pleine d'éclats....
On échange nos coordonnés. Il souhaite me voir à Paris.

Samedi 09 juillet 2005, J+31

La journée est incroyablement chaude. Je ne fais pas de pause au début. Arrivé à 20Km de Babolsar, un homme m'appelle. J'ai une excuse pour m'arrêter. Il m'offre du melon et me prépare et du thé. C'est un vrai régal et cela me sert de repas. Le plus marrant c'est qu'il ne parle pas anglais et que l'on n'a pas pu échanger un mot. Mais ce n'est pas grave avec des signes, on s'amuse quand même.
Ah j'oubliais le matin, un reporter d'un magazine sportif iranien m'a interviewé sur la route et il a pris quelques photos. Il a pris l'adresse de mes parents pour envoyer l'article et les photos.
Le soir à Babolsar, je cherche un endroit pour dormir et après quelques péripéties en ville, je squatte un bout de plage à côté d'une tente de police. Je les adore vraiment ces policiers. Celui avec qui le courant passe le mieux s'appelle Mehdi. Mais comme tout le temps, tout le monde est adorable avec moi. Om me présente la star locale, ancien membre de l'équipe d'Iran de Kayak, Lifeguard et propriétaire d'une plage privée.
Il me présente la plage entière, me trouve une douche et m'offre un repas.... Il voulait m'offrir une chambre pour la nuit mais j'ai refusé...

Dimanche 10 juillet 2005, J+32

Au réveil, je fais connaissance avec la patrouille de police. Ils m'invitent à manger une omelette sur la plage. C'est très drôle, au milieu des touristes, de manger avec la police qui est en train de travailler...
J'arrive à Behshahr après 125 kms. Aujourd'hui, on m'a arrêté 3 fois pour me prendre en photo et 2 fois pour prendre mon adresse.
A Beshahr, je vais à l'hôtel où je négocie pour faire baisser de moitié le prix de la chambre. L'hôtel fait aussi club de billard et le fils du patron m'apprécie.
Le soir, je vais manger en face et fait connaissance avec 3 iraniens de 30 ans. Ce sont les personnes les plus proches de moi dans le comportement que j'ai rencontré à ce jour. On sympathise évidemment. Il m'emmène à 10 Km, à Abbas Abbad, une des anciennes demeures d'un roi du même nom. La maison est faite à base de coquilles d'oeufs. Elle est à moitié immergée et à plusieurs centaines d'années.
Ils m'apprennent enfin la phrase dont j'ai besoin depuis le début : Man nemitounam Farsi Sorbat Konan (je ne parle pas Farsi !). Je garde en mémoire les noms d'Ali Asghar Rezari et Hussein Taghlili.

Lundi 11 juillet 2005, J+33

Aujourd'hui, j'ai une méga lessive. Je n'utilise plus le savon de Marseille. Ali que j'ai rencontré dans la rue le matin, m'a offert un petit baril de lessive...
C'est assez incroyable les services que tout le monde me rend...
Par après, je pars en ville avec Mahmoud le fils du propriétaire de l'hôtel. Il y a plusieurs attractions à voir. Ce sont toutes des oeuvres destinées à une des femmes du roi Abbas Abbad. Principalement, je retiens Abbas Abbad, que j'ai vu la veille. La femme pour laquelle il a commandé cette maison avait 16 ans....
Ensuite, je retiens un parc en centre ville autour de l'actuelle mairie. Le dernier est une splendide demeure, appelée Saffih Abbad. On ne peut plus la visiter car avant la révolution, elle appartenait aux USA. Maintenant, elle est propriété du gouvernement qui en interdit l'accès sans invitation.
En me promenant, je vois des gars faire roues arrières en moto sur 100m à des allures assez folles, ainsi qu'un gars debout chaque pied sur une moto différente à 50 km/h. On est au royaume des timbrés, ici.
Le soir, Ali vient me chercher à l'hôtel pour aller en ville mais j'ai promis de passer du temps avec Mahmoud. Je décline poliment. Je le regretterai par la suite car à part une discussion avec un ingénieur de Téhéran, je n'ai rien fait de spécial. Ce dernier est fils d'un riche propriétaire terrien du temps du shah d'Iran qui s'est vu tout confisquer au lendemain de la révolution.... Il est assez critique sur l'actuel gouvernement. Il veut mes coordonnées pour aller en France. Il s'appelle Farzad Arab.

Mardi 12 juillet 2005, J+34

La journée est comme toujours très chaude mais je roule bien. Je fais un bout de route avec Asalam, un jeune iranien qui est heureux de faire du vélo avec moi et qui ne pose pas 1000 questions... J'apprécie ce moment.
Je devais faire une petite journée mais j'ai la forme alors je pousse un peu plus. J'arrive à un parc qui me plait. Je m'arrête et fais connaissance avec le garde du parc, un certain Seyed Mehdi Adhami. Il me propose pour dormir une table où les gens boivent du thé et fument du Narguilhé. C'est génial. Des jeunes viennent me voir et me donne des brochettes d'agneaux et du melon... Finalement, Syeyd Mehdi m'invite chez son frère, pour que je prenne une douche. Ce dernier parle un peu anglais. Finalement il m'emmène au Hammam du village. C'est absolument génial. Quand je rentre, la famille est au complet pour voir le français. Je passe une soirée inoubliable où les gens jouent de la musique et danse devant moi. Je prends des photos. C'est ma première soirée avec toutes les femmes de la maison, à table avec les hommes. On rigole beaucoup.
Vers minuit, tout le monde partage la pastèque avant d'aller au lit.

Mercredi 13 jullet 2005, J+35

Toute la famille est là pour mon départ. Je trouve ça formidable. Il y a la maman, les trois frères avec toutes leurs femmes et enfants.... On fait des photos et je reprends la route.
Après 20 Kms, je rattrape un vélo. C'est Kybi, le slovaque que j'ai croisé à Dougbayazit en Turquie !!!
Il est super content de me voir et c'est pareil pour moi. Il est en galère de change car en Iran, les cartes Visa et les travellers chèques ne marchent pas... Je lui donne à manger, la famille Adhmai avait rempli un sac pour moi le matin... Arrivé à Gonbad e Kabus, je lui donne 30$ pour la fin de son séjour en Iran. Finalement on décide de faire route ensemble jusqu'à Bojnurd à 220 Kms et 2 cols plus loin.
On s'arrête en pleine campagne. Le compteur affiche 125 kms. Les paysages sont magnifiques. Nous avons quittés la mer et grimpons peu à peu. Tout est très vert. Par contre, même à 21h, je suis trempe de sueur... Depuis 2 jours je vois beaucoup de rizière, c'est un avant goût de l'Asie. Nous dormons dans la tente. Kybi nous fait du thé avec son réchaud. Il maîtrise beaucoup car il a beaucoup baroudé depuis 10 ans en vélo. Demain, on utilise le mien... Il me rassure beaucoup sur la vie durant un projet comme le notre.

Jeudi 14 juillet 2005, J+36

C'est une grosse journée de grimpe que je passe en souffrant mais pas plus que ça. Je sens l'effet d'un mois de vélo par rapport à la Turquie. On passe quand même de 100m à 1350m d'altitude. Et j'ai tout fait le cul sur le vélo. Je ne pousse plus maintenant... Vers 16h20, on longe une route très venteuse sur un plateau. Il y a un accident juste 1km devant nous avec 2 morts. On passe en poussant le vélo, les yeux baissés... Quand un camion venait d'en face, cela nous repoussait vers le bord de la route. Quand un camion nous doublait, cela créait une dépression qui nous attirait vers le camion. Finalement on stoppe à 20h20 pour aller planter la tente devant une maison inhabitée. La relation avec Kybi est géniale. On passe vraiment de très bons moments tous les deux !
Finalement, la maison en ruine est habitée par un jeune iranien. Il n'a rien et quand il nous voit, il nous demande s'il l'on veut qu'il retourne au village chercher du pain, de l'eau ou du miel. C'est très touchant.
A ce moment, je pense à tous ceux à qui je disais : il existe des gens qui n'ont rien et qui te donnent la moitié de rien, sans rien demander en retour.
J'ai atteint un but et suis content, même si l'absence de Clo me pèse...

Vendredi 15 juillet 2005, J+37

Aujourd'hui, j'ai inauguré mon réchaud ! Tout a très bien marché et le résultat m'épate. Nous avons du thé chaud en quelques minutes...
La journée de vélo est caniculaire. Nous descendons rapidement une montagne sur 20 Km, par la suite, nous remontons à 1300m sous un soleil de plomb avec de fortes pentes positives. Quand j'arrive au sommet, j'hurle de joie. Je viens d'accomplir ma meilleure performance sportive. Kybi me certifie que je peux voyager autour du globe en vélo... On ne s'arrête pas en haut car Kybi n'a plus que 5j de visa en Iran pour 500 Kms à faire avant la frontière. Nous allons passer la nuit à Bojnurd. Nous réalisons une descente de folie où nous doublons camions et bus. J'explose mon record de vitesse à 75 km/h. Je me fais très peur cependant.
Arrivé à Bojnurd, nous sortons un papier qu'une automobiliste nous a donné sur la route. Le résultat est sans appel, nous sommes invités par la mairie. Nous logeons et dormons aux frais de la princesse à la guest house de la mairie.

Samedi 16 juillet 2005, J+38

On se dit au revoir avec Kybi et peut être que l'on se verra en Chine. Il va à Kashgar comme moi.
Je contacte Ali Alipour, que j'ai rencontré à Tabriz. Il ne peut m'accueillir aujourd'hui mais me trouve une guest house par chère. Je suis juste en argent iranien et ne veux pas taper dans ma réserve de dollars pour faire du change.
Ali me présente dans la soirée à des étudiants.
Pendant l'été, il est prof d'anglais à Bojnurd. C'est très drôle, je suis la star dans l'institut d'anglais et vais de classe en classe pour répondre AUX QUESTIONS DES ETUDIANTS.

Dimanche 17 juillet 2005 à Jeudi 21 juillet 2005, J+43

Je dors maintenant chez Ali. Sa maman est très religieuse. Au début, je ne la vois pas mais après elle me parle par l'intermédiaire d'Ali. Les journées se ressemblent et je vais souvent dans les 3 instituts où Ali officie. Je visite un musée et une ancienne maison royale. C'est intéressant d'enfin découvrir un peu d'histoire de ce pays... Nous allons un jour entier à Masshad à 300 kms. Je veux voir le saint des saints du monde religieux chiite, le tombeau de l'imam Reza. Il est dans un grand complexe interdit aux non musulmans. La maman d'Ali me prête une chemise pour que je tente le coup. A l'entrée je n'ai pas de problème ce qui fait bien rire Ali. L'endroit est magique. Je regrette de ne pouvoir prendre la moindre photo. Il y a plus de 1000 personnes qui prient partout. A chaque porte, tout le monde embrassait les boiseries. C'est surprenant de voir des hommes pleurer dans ce monde assez dur. Le plus surprenant est le tombeau lui même. C'est une grande cage d'argent où tout le monde se bouscule pour la toucher, la nettoyer ou y pleurer dessus. C'est une cohue indescriptible et nous sommes un jour complètement banal... C'est ici qu'une fois par an, les chiites viennent pleurer la mort de l'Imam Reza en se flagellant le dos à coup de chaîne.
Au final, je quitte Bojnurd demain matin. Nous allons grimper sur une montagne vers 5 heures du matin et après je reprends le vélo pour rejoindre le Turkménistan dans 3 jours.

Vendredi 22 juillet 2005, J+44

Bojnurd (Iran)
Il y a une vingtaine d'étudiants de l'institut Kish, qui sont venus marcher avec Ali et moi, ce matin. La balade a été éprouvante. Le souci n'était pas physique, mais j'avais le vertige... Le paysage est de loin le plus beau d'Iran. Je suis sur une montagne pelée, assez raide. Au pied de celle-ci se trouve un parc vert, plein de vie... Vraiment, j'apprécie.
Je roule sur 100 Kms avec vent de face, sur un faux plat montant. Ma journée de reprise est une journée de costaud...
Inch Allah ! Vers 17h, j'ai un gros coup de pompe. Je crois que j'ai une insolation... Je stoppe net et trouve un parc où passer la nuit. Je suis à Farouj, entre Shivan et Quchan.
Ca promet pour le Turkménistan....

Samedi 23 juillet 2005, J+45

Quchan (Iran)
Après 3h de faux plat montant, je fais une journée digne du tour de France. Je monte successivement et sans pousser ce vélo, 3 cols, à 1700, 1800 et 1950m.
Vers 18h, je tombe dans un no man s land sauvage, au milieu de montagnes. Je ne trouve pas le seul village qui est indiqué sur ma carte !! J'ai un beaucoup de stress car je n'ai plus d'eau et demain il me reste un col à 1900m avant la frontière. Le paysage me rappelle les images que l'on voit d'Afghanistan. Cela parait normal a posteriori, je suis à 300 Kms de l'Afghanistan...
Finalement, je trouve sur mon chemin un troupeau de chèvres. Je parle avec le berger qui me montre un bled, caché dans la montagne. Le village a 300 personnes, 1000 chèvres et un téléphone central pour tout le monde.
Je dors chez une personne âgée de 85 ans. On n'arrive pas à se parler, mais ce n'est pas grave. Je peux me reposer. La maison est épouvantable de crasse mais l'accueil est chaleureux. Le vieux monsieur me fait mon lit et me propose de l'opium !!!! J'hallucine vraiment... Je refuse poliment et me couche vers 20h complètement lessivé.

Dimanche 24 juillet 2005, J+46

Bajgiran (frontière Iran - Turkménistan)
Je rejoins le poste frontière de Bajgiran, après 25 Kms de vélo et un col de plus, à 1900m.
Je subis le premier contrôle de police pénible. Ils veulent tout voir. Quand ils tombent sur les photos, je les commente et cela les contente. On arrête là et cela aura duré 30 minutes...
Je dois passer l'après midi et la nuit ici car mon visa ne commence que le 25/07/05. Je me fais quelques potes de plus, dont un qui me fait conduire mon premier engin de terrassement. Je n'ai pas encore le permis mais je pourrais aider Dimitri, s'il en a besoin.
Sylvain arrive vers 18h. Nous parlons un peu de l'Iran et suis content de découvrir que je sais tout ce qu'il me dit...
Nous faisons un foot sur l'avenue de la ville au milieu du trafic de camions. C'est génial.
Au final, la France bat l'Iran 15 à 4 !