Carnet de voyage de Chine

D'Irkechtam à Kachgar, du 6 au 11 septembre 2005

Les paysages sont beaucoup plus secs, limites désertiques.
On mange super bien, par rapport au pays en " Stan ".
Par contre, j'ai des grandes difficultés de communication avec les chinois. J'ai passé mon séjour à Kachgar avec Frank et Dom. Nous avons choisi un hôtel de bon standing. J'en avais besoin, j'étais un peu fatigué après 3 mois de pays pauvres, de bouffes à la qualité discutable, de toilettes light, etc... J'ai eu envie de 4 jours cools !
Au programme, j'ai acheté des pièces pour le vélo et trouvé le Lonely planet pour le Pakistan.

Je ne vais plus au Tibet ! Mon vélo est surtout ma remorque, ne résisteront pas aux pistes tibétaines. Je dois plus forcer que n'importe qui pour avancer car une remorque à 2 roues et sans suspension, c'est comme une enclume. Et faire cela à 5000m d'altitude pendant 2 mois, c'est plus un exploit, c'est de l'inconscience !
Je pars donc dans quelques jours pour le Pakistan. J'avais pris le visa à Tachkent au cas où et j'ai quelques infos touristiques. Le pays est très sûr. Les photos que j'ai vues sont canons. J'ai 1300km à faire dans ce pays.
Ensuite, je vais en Inde. Comme, je suis en avance, je pense rester en Inde pendant 3 mois. Je vais peut être faire une retraite dans le sanctuaire du Dallai Lama pour un mois et faire le tour de l'Inde pendant 2 mois après !

Sinon, je suis incroyablement heureux d'avoir rallié la Chine à vélo. C'est un peu mythique. Déjà quand on parle de la Chine, on n'arrive pas à imaginer tellement c'est loin. Mais en plus y être aller à vélo, ça me fait grave plaisir ! Cela compense un peu de tout ces moments de solitudes que je vis loin de mon petit coeur.

De Kachgar à la Kunjerab Pass, du 11 au 20 septembre 2005

Nous avons quitté Kachgar le Lundi 11 septembre 2005 car tout le monde voulait profiter du marché du dimanche. Ce marché est connu pour être fidèle à celui qui permettait, aux marchands de la route de la soie, de vendre leurs marchandises en Chine.
Certaines parties sont en ligne avec l'intérêt contemporain du tourisme : produit reluisant (couteaux, chapeaux, pashmina...), vendeur qui harcèlent le passant en anglais et prix honteux ! Par contre, il est évident que ce marché est utilisé par la population locale et celle de la région... On y trouve un marché aux bestiaux répugnant, un marché au cuir où le moindre cm2 est revendu et des stands de nourriture qui ne peut être avalée que par des experts. Je me souviendrai longtemps de la soupe de têtes de chèvre où la tête de chèvre (met royal chez les ouighours) flotte dans un bouillon trouble, ainsi que les soupes aux saucisses de gras... des purs moments de magie...

J'ai oublié de dire que cette partie de la Chine dont je vous parle est le Quinxiang (à quelques fautes d'orthographe près). Cette province est considérée par ses habitants, les ouighours, comme un territoire occupé par les chinois Han, au même titre que le Tibet. Les ouighours sont des ouzbeks, kirghizes ou tadjikes, ayant fuit par vague les différents troubles subis par l'Asie centrale (fureur des mongols, soviétisation forcée, chasse aux basmatis...).
Je dois vous avouer que la transition Asie centrale - Chine s'est faite en douceur. Encore mieux, je n'ai quasiment rien vu de la culture chinoise Han, à Kachgar.

J'ai quitté Frank et Dom, le coeur gros car je les ai bien apprécié ces loulous.
D'ailleurs la veille du départ, ils sont allés se faire un restaurant chinois. Ils ont commandé 7 plats, pensant au traditionnel : entrée, plat et dessert européens... Résultat, chaque plat pouvait nourrir 2 personnes à eux seuls et ils ont fait rire tout le restaurant. Frank est venu me chercher dans ma chambre où je me reposais de ma diarrhée, pour que je les aide... Et encore, on en a laissé plein.
Le lendemain, je pars donc de Kachgar, en compagnie de Caroline, Médecin Français et Robert Page 3rd Easyley, from USA-Santa Cruz (ndr: petit lien personnel).
Ils découvrent mon vélo au dernier moment sur la route. Je les épate... Ils sont scotchés. Les deux premiers jours de route nous emmènent respectivement à Oytag et Ghez, à travers des mornes plaines sur des faux plats montants. Nous faisons la découverte de chacun sur le vélo, en chantant pleins de chansons. Le rythme très cool et la bonne ambiance évidente font de ces 2 jours, des jours hyper sympas. Ils étaient nécessaires après ma séparation avec mes loulous de Cham : Frank et Dom.

A Ghez, on dort une nuit à côté d'un check point chinois, le premier du parcours. Au petit matin, nous gravissons 1km de côte abrupt, pour tomber sur le vieux village de Ghez où aucun touriste ne va jamais.
Le coin est tellement paradisiaque que nous décidons à l'unanimité de rester un jour complet à Ghez.
Je passe la journée avec les enfants que Robert a dompté à grand coup de chapeaux en ballons. Eh oui, lui aussi m'a scotché. Il m'a appris à faire une fleur et le traditionnel chapeau, avec ces longs ballons.
Le lendemain, on monte jusqu'à 3300m à travers le canyon de Ghez. C'est à ce moment que la KKH prend sa couleur caractéristique, rouge sang... Les montagnes, faites de terres rouges, sont très instables. Les éboulis sur la route sont fréquents.
Au milieu d'une discussion avec 3 kirghizes, nous assistons même en direct à un éboulement avec des roches qui tombaient avec la taille d'une voiture !
Apres 45kms de montée, parfois dure, parfois très dure, nous atteignons une immense plaine recouverte d'eau. Ce paysage peut être considéré comme unique au monde car les montagnes qui entourent cette plaine sont recouvertes d'un sable gris clair, très fin, à plus de 3300m d'altitude!
Nous mangeons et dormons pour la quatrième fois consécutives chez des kirghizes. La région de la KKH ne compte que des kirghizes, malgré sa frontière commune avec le Tadjikistan. Le repas est royal, selon les critères de nos hôtes. Nous avons droit à de la chèvre bouillie. Je me régale vraiment à manger à la main des morceaux de chèvre et de gras venant de toutes les parties de la bête...
Le lendemain, nous quittons définitivement le bitume en Chine. Le seul hic, c'est qu'il reste encore 2 cols à plus de 4000m à avaler sur 300 Kms, avant la frontière. La piste est dans un état pourri, pire qu'au Kirghizistan car le chanceux que je suis, vient dans la région au moment où l'on refait la route. Le résultat est écoeurant: je dois rouler dans de la merde en regardant de temps en temps des bouts de routes goudronnées inaccessibles car en travaux !
Par la suite, on fait une pause au Lac Karakul. Nous décidons de rester un jour complet dans ce haut lac d'altitude. Nous dormons dans une yourte où la maman ne cesse de cuisiner tout au long de la journée. On la voit faire devant nous des pâtes, appelées Langman, du pain, et cela qu'avec de la farine et de l'eau. Elle nous sert continuellement des thés.
La vaisselle est lavée avec tantôt le thé qui reste dans certains bols, tantôt de l'eau de cuisson. On ne gâche pas ici messieurs dames...
De plus, lors des repas pris là bas, on a tourné à tour de rôle pour avoir l'assiette dans laquelle elle éternuait avec son rhume. Lorsque l'eau venait à manquer, elle demandait à son fils de 7 ans d'aller en chercher au lac.
Celui ci me marquera par sa façon la plus touchante au monde de parler anglais, avec notamment des "no no no no no no no" en chanson. Je suis vraiment désolé de ne pas pouvoir vous le refaire...
Le père, lui, l'oeil vif, toujours prêt à échanger ses objets contre les nôtres, arrivaient toujours tard le soir. Il a toujours eu les yeux très rouges car nous étions en pleine saison de fauchage des champs...
Quand il arrivait, le dîner était servi, lui le premier, puis nous. Quand il avait fini, le troc commençait. Une pièce ancienne chinoise, magnifique, m'a coûté 500 manats turkmènes et 100 soms ouzbeks, soit 10 centimes d'euros au total !

Le jour de notre départ, nous avons enfin atteint un col à 4100m, que j'ai réussi dans la douleur, mais le cul sur la selle... La descente a été apocalyptique, sur une piste pourrie, pourrie, pourrie! Nous avons atteint ce jour là, Tashkurgan, capitale d'une petite province autonome tadjike. C'est la première fois que je vois des tadjikes de ma vie. Et bien ils sont grands, blancs mais bronzés et blonds aux yeux bleus... Cela m'épate.
Les femmes ont un magnifique chapeau, comme celui de mon papé Noël aux joutes, mais sans le bord large. Il est recouvert d'un foulard plein de paillettes. J'ai deux hypothèses à faire valider, c'est soit des allemands déportés par Staline pour occuper une région très dure, soit des descendants d'Alexandre... Affaire à suivre. Malgré cela, mes compatriotes choisissent un hôtel chinois.
Je ne regrette pas ce choix car cela a constitué mon seul contact avec les chinois Han. Le soir même, je fête cette journée riche, avec une soupe aux poissons et aux piments. Essayez d'imaginer : de l'eau, quelques pâtes, pleins de piments rouges les plus piquants au monde et tous les morceaux d'une carpe. Je n'ai jamais mangé autant épicé de ma vie...
Le lendemain, on a la confirmation que le trajet en vélo en Chine s'arrête ici. J'ai mon plus grand col du trajet derrière moi... La suite est une zone interdite, que l'on ne peut traverser qu'en bus avec un soldat chinois à l'intérieur.

Après une journée à flâner dans Tashkurgan, on prend donc le bus pour le Pakistan. Le bus est plein de pakistanais. Il y a aussi 2 chinois, 2 allemands dont j'ai fait la connaissance plus tard dans un hôtel au Pakistan et 5 hollandais qui sont venus en Chine / Pakistan, juste pour faire la KKH en vélo.
Les préparatifs du départ sont durs car chaque personne a 50kg de bagage. Les poings manquent de voler, une paire de fois. Une fois parti, tout le monde se détend et les pakistanais nous parlent un très bon anglais (le meilleur de tout mon parcours) et nous offre pain et fruits secs... Cela commence très bien. Le soldat chinois trouve une place à coté de moi dans le bus. Il s'endort rapidement. J'en profite pour le prendre en photo. Le trajet est long et l'on crève une fois... La route est vraiment, vraiment mauvaise.
Une fois arrivés à la frontière, le soldat chinois sort du bus. Les douaniers nous comptent une dernière fois. Puis quelques mètres et ça y est, le col du Kunjerab s'offre à nous, magnifiquement large. Les pakistanais d'une voix unie crient toute leur joie. Tout le bus est heureux et hilare. La Chine est derrière nous et le Pakistan nous accueille.