Carnet de voyage du Cambodge

Aryanaprathet, Phnum Liep, Siem Reap, 2 et 3 février 2006

En guise d'introduction au Cambodge, je déguste. C'est poussiéreux ! Il y a encore des champs de mines au bord de la highway ! D'ailleurs, c'est un peu émouvant de voir derrière les équipes au travail, des enfants qui copient les grands en plantant à tâtons des bouts de bois dans la terre, accroupis! Espérons qu'ils n'aient jamais à le faire pour de bon, mais c'est sans espoir que je me dis cela. La route se compose de 2 parties distinctes : Avant Sisophon, c'est de l'asphalte très fatiguée. Le vélo et surtout moi-même dégustons bien comme il faut, sur toutes les bosses ou trous. C'est très crevant. Et vent de face, je n'avance pas! Après Sisophon, c'est le néant. C'est rien. Si c'est Pompéi, avec autant de terre. C'est une piste pourrie mais c'est inimaginable ce qu'elle est pourrie ! Il y a du bitume défoncé parfois, des zones ensablées souvent, du gravier et des pierres tout le temps. Et ce put... de vent de face.... Je déguste, comme jamais ! En plus, autour de la piste, c'est la désolation. Il n'y a pas de végétation, pas de villages (ou peu). C'est tout sec, sauf quand je croise des marécages ! L'eau y est marron ! On a l'impression que l'eau s'est accumulée dans les trous laissés par les mines ! Et là, un nombre incroyable de cambodgiens pêchent en slip... C'est un beau coup de pousse de la nature si ces personnes trouvent à manger aux endroits où il y a eu la mort fut un temps. Enfin, après avoir constaté que mon arrière train et mon dos étaient en compote, je stoppe net. Je n'ai pas mangé de la journée. Je suis au milieu de nulle part, mais je ne peux plus faire 10 mètres ! Finalement, je trouve un stand de nourriture et quelqu'un qui parle Anglais. Il m'invite à dormir chez lui. Je passe donc ma première nuit chez l'habitant, génial !
Je dors comme tout le monde sur le plancher (et il est dur) mais sous une moustiquaire. Au final, la nuit est très bien. Au réveil (à 6 heures, car les enfants partent à l'école....), je m'habille et part sans petit déjeuner. Je m'en moque. Je veux atteindre Siem Reap à 55km pour me reposer ! Je fais dans une douleur constante 30 Km de piste du même type que la veille sauf que mon arrière train et mon dos n'ont plus de réserve avant la douleur ! Donc j'ai mal ! Mais j'arrive enfin extenué à Siem Reap où je me trouve une chambre cool pour ma visite d'Angkor !

Siem Reap et les temples d'Angkor, du 4 au 10 février 2006

Le but n'est pas ici de vous redire ce que vous trouverez dans tout guide... En bref, il faut savoir que sans Angkor, le Cambodge aujourd'hui serait encore plus bas que ce qu'il est. Et vous apprendrez que c'est un des pays les plus pauvres au monde ! Nous sommes dans une période qui suit une série de très très longue tragédies (colonie française sans trop de valeur ajoutée, guerre d'Indochine, guerre du Vietnam, Khmers rouges et après khmers rouges). Malgré cela, je trouve à Siem Reap tout ce dont j'ai besoin pour mon bonheur: A manger, à boire (même de la bière), de quoi dormir à l'aise et internet... C'est byzance. Les puristes diront que les prix sont du délire comparé au reste du pays ! Mais j'ai arrêté de faire le puriste ! Je fais juste attention à ne pas trop me faire avoir et point barre.
Concernant les temples d'Angkor, pour démystifier les bêtes, il faut savoir plusieurs choses :
- Il y en a plusieurs, beaucoup même. Ils ne sont pas tous à coté l'un de l'autre. Il est donc nécessaire de faire du vélo (comme moi) ou de louer un rickshaw ou une moto avec chauffeur ! Personnellement, j'ai fait une moyenne de 50 Kms par jour rien que pour visiter les temples !
- Les temples sont des temples et pas des palais ! A l'époque, on construisait tout avec du bois. Chaque temple est en fait dédié à un dieu roi. Il le faisait construire de son vivant. Et souvent on y mettait ses cendres lors de sa mort. Ceci explique qu'aujourd'hui, il y a beaucoup de temples en ruines. Les techniques de construction avec de la pierre étaient peu ou mal maîtrisées.
- Le but de ces temples est de rendre hommage en transcrivant des sentiments dans l'architecture. Résultat, nombre d'escaliers ont des objectifs d'augmentation des effets de grandeurs. Ils sont donc en perspective et sont donc inutilisables car trop raides. De même, nombre de temples sont à étage mais la plupart sont inaccessibles car trop étroits ou petits en largeur et hauteur ! Ce n'est que du visuel ! En plus, le temple n'a jamais eu de vocation populaire. Seule la famille royale y avait accès donc pas besoin de grande salle ou grande allée.
- Les temples ont été construits sur plus de 4 siècles. Résultat, les modes ont changé, les religions ont changé (et oui!). On trouve donc à Angkor et autour, des temples très différents.
- Pour couronner le tout, l'état de conservation des temples est très différents. La nature (d'énormes arbres s'appuient aujourd'hui sur des murs entiers), les faiblesses des techniques de construction et des choix de marketing des explorateurs français qui ont sauvé Angkor (COCORICO !!!) entraînent une nouvelle source de diversité...
- Pour finir, il n'y a pas de circulation classique géographique et aucuns des différents éléments cités plus tôt ne peuvent aider à comprendre pourquoi les temples sont regroupés ainsi.

Au final, j'ai adoré! Cela a été une semaine où j'ai essayé de reconstituer des puzzles! Ce qui est intéressant, c'est que d'abord, il faut chercher ce qui peut constituer une pièce du puzzle pour s'y retrouver. Puis on se sert d'un guide pour comprendre pourquoi c'est comme on le voit. Et surtout, pourquoi cela n'a rien à voir avec les temples voisins ! Dire que ces temples ont été construis en oppressant un peuple en les faisant travailler sûrement pour rien et en les privant d'argent... Cela laisse songeur qu'aujourd'hui, on le respecte ! Maintenant, c'est souvent ce que l'histoire retient d'un pays à une période. C'est quand même exactement la même chose avec Versailles en France.
Pour finir, je note qu'il y a toute une vie autour des temples (vente de fruits, de plats, de souvenirs, d'eau...) que j'ai toujours ignoré. Avec le recul, ils profitent d'un travail réalisé par leurs familles, il y a très longtemps et n'ont que cela pour vivre ! J'aurais pu plus jouer le jeu...

Siem Reap, Kompomg Thom, Sikhoun, Phnom Penh, du 11 au 13 février 2006

La route se révèle excellente au départ de Siem Reap. J'ai même droit à une piste cyclable en très bon état. Par contre, j'ai toujours vent de face ! Comme je me suis bien reposé à Siem Reap et ai bien mangé tous les jours, je n'ai pas faim pour mes repas. Par contre, je me régale avec des gâteries sucrées typiques absolument délicieuses : On choisit dans des gamelles en alu diverses gelées et salades de fruit, haricots rouges et autres lentilles. On les mélange avec du lait concentré sucré, de la glace pilée et du sirop de sucre de canne. C'est bon, et quand il fait chaud, c'est divin !!! Cela me cale bien et ne m'arrête pas pour manger. Comme cela, je peux rejoindre Kompomg Thom, après 150 kms.
Il y a un hôtel vraiment pas cher donc je me fais plaisir ! Comme cela, après ma douche, je vais m'éclater le ventre au marché... C'est pas cher du tout, très typique (ils hallucinent de voir un blanc ici) et très très bon. En plus, le soir, je m'endors devant la finale de la CAN. Après une nuit reposante et un petit déjeuner au marché, je repars.
Vers 11h je rejoins un américain. Il va comme moi à Phnom Penh et a passé la nuit à Kompomg Thom comme moi. On a donc le même rythme, je lui propose de rejoindre ensemble Phnom Penh.
Il prend le premier relais. Et horreur, en le suivant mon compteur à la bougeotte et oscille sans cesse entre 20 et 30 km/h.... Au premier stop, il me demande de passer devant. C'est mieux pour moi. On va à mon rythme et on reste constant. On vise une petite ville pas trop trop loin car Phnom Penh est inatteignable en une journée de vélo! Sur place, on partage une chambre et quelques bières! C'est sympa d'enfin parler avec quelqu'un. Mais je suis vanné par la chaleur de la journée et tombe comme une masse.
Le réveil se fait en douceur. On décolle vers 9h donc plus tard que d'habitude mais on n'a pas beaucoup de Kms pour rejoindre la capitale, Phnom Penh. Par contre, la circulation se charge progressivement à l'approche de Phnom Penh, mais cela reste gentil. Par contre, après manger on arrive à un attroupement sur le bord de la route.
Un enfant est couché, sans vie ! Une femme le bouscule maladroitement pour le réveiller, rien, il ne bouge pas ! On ne s'arrête pas. On ne cherche pas à savoir. Cela ne servira à rien pour lui. On en parle avec Jenkins. On ne sait rien de ce qui s'est passé. Mais la circulation ici bien que légère est très dangereuse. Les cambodgiens ne savent pas conduire ! Cela va vite, beaucoup trop vite ! Cela m'énerve pour la fin de la journée. C'est au final bien plus dangereux que l'Inde car beaucoup plus traître... On est tout le temps sur le qui vive. Enfin, on rejoint Phnom Penh et nous trouvons très facilement notre ghesthouse (traduction: maison d'invité, comprendre hôtel mais moins de confort et moins cher).

Phnom Penh, du 13 au 17 février 2006

Comme je ne suis ici que pour le visa vietnamien et que le lonely planet dit que c'est dangereux la nuit, je décide de buller et de me reposer. D'autant plus qu'après la couche architecturo-religio-historique d'Angkor, j'ai besoin de simple. Bière et foot anglais feront bien l'affaire. Je commande le visa par l'intermédiaire d'une agence de voyage qui me propose pour moins cher et plus rapidement que l'ambassade en direct. Combines, combines, combines...
Au final, je vois que le coup de tampon sur mon passeport vient d'une autre ville cambodgienne. J'ai compris leur truc : il y a d'autres consulats plus efficaces ailleurs ! Tout bénéfice pour moi, je bulle tranquillement 3 jours pleins. C'est bien les vacances !

Phnom Penh, Svay Rieng, le 17 février 2006

Je serais bien resté à buller plus longtemps mais mon visa est clair: Je peux rentrer dès le 17/02 et dois ressortir avant le 08/03... Je ne veux pas trop perdre de temps (2000 Kms.... cela peut être long si le vent est toujours de face !). Je pars donc vers Svay Rieng, une petite ville sympa, entourée d'eau. J'arrive tôt, vers 15h. Résultat, je peux aller chez le coiffeur (ou plutôt barbier) et me promène en marchant le long des canaux. C'est une belle dernière soirée au Cambodge.